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86o LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

elle-même un seul instant : la servante est toujours à son côté. Son frère et ses soeurs, tous beaucoup plus jeunes qu'elle, vont seuls à l'église ; et je les y ai souvent vus occupés à jouer avec les chiens, ou à mettre des têtes de chardons dans les chapeaux des dévots, ou à lâcher des souris dans les jupes des vieilles dames. Mais Serena semble être d'une tout autre qualité et d'un rang plus élevé. On n'a jamais vu fille plus modeste. Elle ne craint pas de rencontrer le regard, ni même le sourire, d'un admirateur, et cela fait aussi peu d'impression sur elle que sur les évêques — en plâtre de Paris, — qui sont collés le long du mur du Duomo. Elle pense que cela ne s'adresse pas plus à elle que la musique ou le soleil, et si cela lui fait plaisir, c'est exactement comme pour les statues ; elle n'en laisse rien paraîtte.

Avec son calme, sa blancheur, son sang-froid, sa tranquillité, elle a l'air d'une belle petite Sainte de marbre, supportée à la tête et aux pieds par de jolis petits anges de marbre, mais n'ayant pas besoin de leur support, et ayant plus qu'eux l'air angélique.

Je suis, etc..

Serena Bruchi à M. Talboys.

Cher Signor Odoardo

Si vous ne pouvez pas me venir voir, vous pouvez certai- nement m'écrire. Mon anniversaire a été le plus triste que j'aie encore passé. Personne ne m'a embrassée, pas même l'Oncle Rapi. Maman aurait pu au moins nous envoyer les enfants, après dîner ; je les aurais tous em- brassés plusieurs fois, car j'aurais été très heureuse.

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