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746 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

vieux bandit était d'ailleurs un parfait homme du monde, causeur exquis, et c'est de lui que j'ai appris à manier la carabine mieux qu'un héros de Mayne-Reid. Bref, je luttai, je luttai vertigineusement, seul contre une foule, que dis-je ? une meute. Je n'étais pas clérical, autrefois, mais vrai ! ces aventures-là portèrent à mon libéralisme un coup dont il ne se releva point.

Vous décrire alors l'état de ce village est chose au- dessus de mes forces. Balzac lui-même, monsieur de Chatel, se fût perdu dans la complication des détails, puisque chaque famille avait avec moi une contestation différente. Les petits enfants se sauvaient lorsqu'ils m'aper- cevaient. Et, chose admirable, les femmes, vous entendez bien ? les femmes, qui ne mettaient jamais le pied dans mon église, se signaient à mon passage.

Ces luttes durèrent deux ans aussi. Lorsqu'elle m'eurent tout à fait ruiné, lorsque j'eus vendu, pour soutenir mes procès, les dernières châtaigneraies que je possédais dans mon île natale, mon évêque me fit appeler et me tint ce discours : " Mon fils, je vous ai laissé combattre les enne- mis de la religion parce qu'il fallait bien montrer que nul n'a le droit de lui manquer de respect dans la personne d'un de ses membres. Mais il est convenable que tout rentre maintenant dans l'ordre. Je demande à votre fidèle soumission de renoncer désormais aux âpres joies de la lutte et de rentrer dans la tranquillité oii doit se tenir un serviteur de Dieu. Allez en paix, offrant au Seigneur la mortification de votre âme belliqueuse."

C'est ainsi que prit fin la seconde phase de ma vie à Opio. Dans un sens, cela valait mieux, car j'étais littérale- ment épuisé... Mon Dieu ! qu'est-ce qu'on me veut en-

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