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678 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

eu le temps pendant ces derniers jours. Et puis je continue ma série noire, je passe dans toutes les crises et j'ai des moments d'un désespoir agité. Ma pauvre histoire d'amour continue et me fait souffrir. J'ai l'impression d'avoir trouvé la femme qui avait été mise au monde pour moi et toutes les parentés de cœur que je trouve entre elle et moi irritent encore ma tristesse accoutumée. Je la vois si sensible, si douce, et nous nous enten- dons si admirablement et nous nous sommes dit tant de choses. Et les hasards de la virginité l'ont fait échouer il y a déjà plus de trois ans dans les bras d'une des brutes les plus épaisses. Actuellement il est absent (jusqu'à vendredi ou samedi) et je passe des soirées mélangées de bon- heur total et d'amertume violente.

Il y a une chose terrible pour moi : savoir si cette histoire se terminera par de la vie et si enfin je deviendrai l'homme que je voudrais être, — ou si comme toujours j'en sortirai avec un livre. N'être qu'un homme de lettres, j'en ai soupe, et de faire des chopins de documents ! Ecrirai-je cette aventure ou ne l'écrirai-je pas ? J'aurais l'im- pression de m'arracher la chair par poignées et je suis triste de tout mon passé comme plein de terreur devant la destinée. Je ne sais pas ce que je vais devenir. Je me console parfois en pensant à des bombes complètes où je me recomposerais un peu l'âme aux moments trop amers. Je vais bientôt

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