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Soudain, au haut de la ville, un cri de femme s'élance, violent et long, auquel du bas de la ville répond un cri semblable ; cri terrible, déraisonnable, qui, dans nos cités, annoncerait l'assassinat ou l'incendie, et, dans ce pays d'expansion suprême, sert à vendre le poisson que ces jeunes femmes portent sur la tête, dans de plates conques d'osier.

Je quitte la rue stridente, jaune et rouge, et j'entre dans la sombre église. Chez quel Dieu suis-je, qui veut tant de ténèbres et de larmes, qui veut surtout une rigoureuse étiquette, un si pesant cérémonial ?

Tout ce que le siècle de Louis XIV a inventé pour ses réjouissances, pour le mariage des dauphines, d'heureuses draperies, de tentures envolées, de profanes alléluias, ici sert au deuil. C'est une cour. Les saintes vierges semblent moins des mères désolées que des dames d'honneur participant aux catastrophes du palais, et occupées à bien seconder la douleur de leur maître. Elles ne sont ni tendres, ni saintement torturées, ces mères divines qui ne s'appliquent pas à nous faire aimer leur Enfant Jésus. L'une d'elles, vêtue de velours sombre et de dentelles, sorte de duègne magnifique, le tient négligemment, comme un bouquet, un éventail. Mais ses yeux limpides sont levés vers le ciel dans une extase poignardée. Une autre, en manteau noir, a le tumulte des nuées d'orage et le mystère de la foudre. Une autre encore, statuette de bois