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conviennent à l’ouvrage. L’ardeur et l’austérité forment l’intérêt principal des œuvres de Romains. Ces qualités me serviraient, le cas échéant, à formuler son éloge et garantissent son avenir. Mais, fallait-il dénoncer le Romantisme lorsque les seuls morceaux lyriques de l’Armée dans la ville sont tout justement plaqués, comme les tirades romantiques, et pourraient sans inconvénient être détachés de la pièce.

Le drame de Jules Romains n’est appuyé sur aucune vérité. Vainqueurs et vaincus, les personnages portent des noms français, les noms les plus courants. Le langage et les mœurs paraissent contemporains. Le merveilleux n’intervient pas. Aucune apparence légendaire. Rien par conséquent ne forçait Jules Romains à ne point situer sa pièce, à nous donner cette gêne d’un sujet historique hors de l’histoire. Et, en exceptant bien entendu la comédie et le drame bourgeois, il n’y a pas d’exemple d’un théâtre qui, destiné à la scène, se soit passé hors de l’histoire véritable ou mythique. Sans elle, les personnages perdent toute autorité, leurs paroles et leurs actes sont sans conséquence et le sujet n’ayant aucune portée, est entièrement dénué d’intérêt. Je crois qu’il faut voir là avant tout un manque de travail. Le fait de dater la situation eût entraîné d’autres efforts que l’on n’aurait plus osé éviter. Or, tout paraît bâclé, fabriqué à la hâte, plus vite sans doute et avec moins de soins que les pièces contre lesquelles on doit combattre.

On a parlé d’austérité. Il n’est pas impossible qu’elle soit cause de l’inexpérience, de la méconnaissance de la vie et du cœur humain qui éclate chaque fois que le dialogue se poursuit entre individus et non plus entre groupes. Une psychologie sommaire se dégage de ceux-ci et ne suffit pas à animer ceux-là. Peut-être, faut-il y voir une trahison de la sociologie ? Quoi qu’il en soit, après les morceaux lyriques du premier acte, après une partie du second où paraissent la ferveur et les dons élevés que possède l’auteur de La Vie unanime, les personnages sans destinée de l’Armée dans la Ville perdent toute humanité. Ce sont des abstractions et non des hommes, et le dramaturge accumule en vain les invraisemblances psycho-