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500 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

drez... Mais vous êtes toujours si pressé que c'est terrible... Si tout le monde était comme vous, que deviendrait ce pauvre Grasse ?

Maurice néglige d^ envisager cette hypothèse. Il a peur ^ vraiment^ que V omnibus reparte sans lui. Il court^ traverse^ sans y prêter attention, la place aux Herbes où se tient le marché et où, en d'autres temps moins bousculés, il n^ aurait pas manqué d'aller jeter un coup d'œil à la boucherie où fonctionne l'étonnant M. Férigoul. Une caverne, cette boucherie, une caverne préhistorique, meublée d'une table colossale, et d'un billot sur lequel on pourrait trancher à la fois quatre têtes dans la bousculade d'une révolution. Armé d'un couperet, un formidable géant, gros comme un bœuf gras, ceint d'un tablier qui ressemblé à une toge, prépare indifféremment des côtelettes ou dépèce des veaux. Il a la tête de Vitellius, rasée, du volume de trois courges, mamelonnée de joues et de mentons, imposante. Il est muet, ses pas font plier le sol lorsqu'il les lui impose. C'est un des plus vifs regrets de Maurice que de n'avoir pas te temps, venant en ville, d'y voir M. Férigoul. Mais les coquillages le sollicitent.

Encore quelques pas, et le voici sur la place du Marché aux Poissons ; les dames marchandes l'interpellent.

Madame Revertegat, première marchande. — Eh ! mon beau monsieur, venez un peu me voir.

Madame Ricco, deuxième marchande. — Non, par ici, eh ! monsieur.

Troisième marchande. — Allez, mon joli monsieur, étrennez-moi. J'ai une truite magnifique. Ce sera deux francs pour vous, parce que vous êtes bien gentil.

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