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NOTIS 48 I

TRADUCTIONS

L'intérêt que nous portons à tel auteur étranger est trop essentiel à notre culture pour que nous puissions nous accom- moder d'un perpétuel soupçon à l'égard de l'intégrité de son texte. Tant qu'il s'agit de livres anglais, allemands, italiens, l'accès facile de l'original impose aux caprices des traducteurs certaines limites de décence. Encore les traîtres bénéficient-ils souvent du peu de goût qu'éprouve chacun à collationner les textes traduits. Qui peut avoir recours à l'auteur ne lit point la traduction, et qui se contente de celle-ci n'a point apparam- ment l'intelligence de la langue étrangère. De là, entre ces deux groupes de lecteurs, une sorte de fissure par où peuvent se glisser bien des fraudes : les unes nées de la négligence ou de l'incapacité du traducteur, les autres, plus graves et de plus en plus fréquentes, inexactitudes concertées par un éditeur sou- cieux d'établir un volume d'un nombre de pages et d'un prix donnés, ou qui désire ne pas déplaire à son public. L'on corse les morceaux de peu de résistance ; on taille dans les œuvres trop longues. Dès qu'il s'agit du russe ou des langues Scandi- naves, nous voici désemparés. Quand Dostoïewski nous fut révélé, notre enthousiasme y trouvait une si forte nourriture, notre admiration était si respectueuse et si enivrée que nous n'osions imaginer d'autres beautés que celles qu'on nous don- nait. Mais quand, notre première faim apaisée, nous devînmes gourmands de chaque épisode, quand la grandeur de ces livres nous parut peu à peu en charger chaque détail de sens et de noblesse, il fallut bien s'avouer que l'inexactitude des versions qui nous étaient proposées bafouait sans merci notre ferveur. Les deux traductions que nous possédons des Frères Karamazof semblent deux livTes différents. Il faut en fin de compte — l'aveu est humiliant — avoir recours aux traduc- tions allemandes, plus scrupuleuses que les nôtres. On ne peut s'en passer pour Ibsen ni Dosto'iewski.

Il n'est ici question ni de faire métier de pions et de relever des contre-sens, ni de faire métier de policiers. Il importe

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