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474 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

thousiasme qu'à ses précédentes apparitions ; bien au con- traire. Mais il est évident que le snobisme, après l'avoir mise à son rang, dépasse le but aujourd'hui et applaudit sans bien savoir pour quelle cause, M. Pierre Lalo dont les jugements concertés peuvent être sûrs et solides, a cru nécessaire d'exé- cuter cruellement, dans un feuilleton du Temps, la ballerine américaine. Il n'est pas inutile de rechercher en quoi il a raison ; et en quoi le public a tort ou raison aussi.

Le public a raison de saluer de sa faveur un spectacle de beauté, intermittente je l'accorde, mais authentique ; de beauté, je ne dis point d'art. Mais il a tort de prendre pour de l'art, pour un art d'avenir, en progrès, en croissance, un jeu naturel, spontané — plus spontané qu'il ne paraît — et dont il n'est pas permis de prévoir le développement possible. Sans doute, ceux qui ont eu le privilège d'assister, voici quelques années, à la représentation du petit ballet de Rameau la Guirlande, dans un cadre restreint, approprié, à sa mesure, parlent avec raison de rémouvante perfection de la danse française traditionnelle. Mais n'était-ce pas là une réussite rétrospective, et cette même danse, à l'Opéra, où ne font pas défaut les virtuoses, ne nous apparaît-elle pas comme un art factice et sans vie ?

On n'a pas le droit d'interdire à la danse d'échapper à ces formules figées, et il est absurde de reprocher à une danseuse novatrice l'absence de toute tradition. M. Lalo fait très juste- ment remarquer à quelle légèreté paradoxale atteint la danseuse classique grâce à la jupe de gaze raide et à l'effilement des ex- trémités inférieures. Mais croit-il sérieusement qu'il n'est de légèreté possible que " sur les pointes," qu'au prix de cette artificielle déformation ? Est-il persuadé même que la légèreté, ce qu'il appelle " victoire contre la pesanteur" conditionne nécessairement toute danse ? A la légèreté de la ballerine fran- çaise, insecte exquis, aigu, ailé, on ne saurait rien opposer de plus dissemblable que la lourdeur terrestre d'un corps sain, fort, harmonieux, qui se présente à nous dans sa plénitude naturelle et s'essaie à courir, à bondir et à mettre en jeu son dynamisme sans culture. Car, ce ne sont, quoique vous en disiez, M. Lalo, ni des

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