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ISABELLE 455

regarde les ébrancheurs; il y a même des jours qu'elle cause avec eux, sans honte. Mais quand il pleut, elle ne quitte pas sa chambre ; tenez, celle qui fait le coin ; elle se tient tout contre la vitre et regarde dans le jardin. Si son homme n'était pas à Lisieux pour le quart d'heure, je ne sortirais pas comme je fais. Ah ! on peut dire que c'est du beau monde. Monsieur Lacase ; pour sûr ! Si seulement nos pauvres vieux maîtres revenaient pour voir ça chez eux, ils retourneraient bien vite où ils reposent.

— Casimir est par là ?

— Je pense qu'il promène dans le parc lui aussi. Vou- lez-vous que je l'appelle ?

— Non ; je saurai bien le trouver. A tantôt. Je vous reverrai sans doute, Delphine et vous, avant de partir.

Le saccage des bûcherons paraissait plus atroce encore à ce moment de l'année ou tout s'apprêtait à revivre. Dans l'air attiédi les rameaux déjà se gonflaient ; des bourgeons éclataient et, coupée, chaque branche pleurait sa sève. J'avançais lentement, non point tant triste moi- même qu'exalté par la douleur du paysage, grisé peut-être un peu par la puissante odeur végétale que l'arbre mourant et la terre en travail exhalaient. A peine étais-je sensible au contraste de ces morts avec le renouveau du printemps; le parc, ainsi, s'ouvrait plus largement à la lumière qui baignait et dorait également mort et vie ; mais cependant, au loin, le chant tragique des cognées, occupant l'air d'une solennité funèbre, rythmait secrètement les battements heureux de mon cœur, et la vieille lettre d'amour, que j'avais emportée, dont je m'étais promis de ne me point servir, mais que par instants je pressais sur mon cœur, le

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