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DÉFENSE DE LA LANGUE ALLEMANDE 429

les substantifs, et particulièrement pour les plus abstraits, dans la formation desquels notre langue se montre, depuis Maître Eckhardt, plus géniale qu'aucune autre langue moderne ; ce l'est égale- ment pour les préfixes et prépositions qui, en regard du français, alourdissent l'allemand, mais qui lui donnent plus d'énergie, de mouvement et de vertu sensible. Cette lourdeur, cette puissance (Wucht) de la langue allemande empêchent certainement l'essor de cette vie courtoise et claire, de ces formes de pensée aisées que nous admirons dans les cultures romanes ; mais elles correspondent peut-être à une certaine puissance essentielle de l'être qui nous tient davantage à cœur, et je me demande si des hommes de cette mentalité ne souhaiteront pas toujours les possibilités qu'offre une telle langue. Si je ne m'abuse, la prose de Péguy fait preuve d'une tendance à transformer le français actuel qui l'éloigné des traditions et de la syntaxe classique, et qui semble le rapprocher de la syntaxe alle- mande. J'oserais dire qu'une traduction littérale d'une page de Péguy ne garderait plus pour nous presque aucun des caractères qui trahissent une traduction de langue romane.

Comme le rapport entre la syntaxe et le voca- bulaire est curieux ! Dans le dernier Cahier de Péguy, dans le passage critique (au sens étymo- logique : décisif), je trouve deux mots allemands, et j'avoue que ce " Keine — mehr " m'émeut plus

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