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soi-même. Et lorsque nous autres Allemands, conscients de cette crise, nous arrivons en France, nous découvrons un monde où la respiration est aisée, une atmosphère dans laquelle hommes et œuvres sont à leur plan, comme dans celle qui remplit les tableaux de vos grands impressionnistes. C'est un monde qui a su créer la norme à laquelle chacun doit se soumettre, dans la paix comme dans la guerre, et qui maintient l'équilibre entre l'ensemble et l'individu. Au bout de quelque temps, nous comprenons bien que notre destinée profonde ne saurait se jouer dans un tel cadre. En fin de compte cette cohérence, cet ordre, cet équilibre ne peuvent être pour nous qu'un symbole, qu'une promesse de délivrance ; car à notre point de vue, notre misère et notre détresse, nos efforts et nos dangers sont bien plus profonds (je n'attache point à ce mot un sens qualitatif, mais pour ainsi dire topographique).

Et ce que nous aimons dans votre langue, c'est l'expression la plus merveilleuse de ce symbole, de cette promesse. L'Allemagne s'est repliée sur elle-même de manière violente et tragique et il en est résulté qu'aucune autre nation ne possède des créateurs capables de remonter aussi près des sources mêmes de la langue que le font Maître Eckhardt, Luther et Gcethe. Nulle part une constante convention du goût verbal ne fait plus complètement défaut. Aucune cour n'a pris notre