Ouvrir le menu principal
Cette page n’a pas encore été corrigée


LE LIVRE DE l'aMOUR 4I9

toute votre grande tendresse de prince malade, ne valent rien contre la sainteté de ce temps-là. Je vous aime, Amour ; vous êtes mon frère, et vous êtes pour moi comme un pré bleu fourmillant de rosée, un pré où l'on déroule avec de la rosée au visage ; mais dans ce temps-là c'était bien autre chose ! Il ne s'agissait même pas d'aimer, cela n'eût point suffi à tirer en nous la splendeur du monde qui s'y voulait éperdûment répandre ; et certes je ne sais pas ce qu'il fallait, mais tout était pour nous comme une gerbe de foin qu'on porte à deux bras perdue dans son odeur profonde, et les journées étaient si calmes que nos cœurs n'avaient pas' besoin de battre plus fort, et la vie ingénue était cependant solennelle, comme les enfants qui en revenant du bois ont aperçu le conciliabule des anges.

Vous ne connaîtrez jamais une telle richesse. Amour, ni une telle simplicité. Vous m'avez sevré de l'amitié des autres hommes, vous m'avez cou- ronné d'orgueil, vous m'avez fait pleurer de douceur. Vous ne me donnerez jamais ce qui me fut donné jadis, cette paix céleste qui fut la mienne, cet immense abandon où l'on n'avait pas besoin de s'offrir pour provoquer une réponse, mais tout affluait dans nos cœurs comme on dit que jadis, quand les étés étaient plus chauds, les raisins, sans attendre le pressoir, d'eux-mêmes se crevaient dans les vignes!

�� �