Ouvrir le menu principal
Cette page n’a pas encore été corrigée


40I

��LE LIVRE DE L'AMOUR

��Jadis, comme un enfant qui n'ose pas chanter fort parce qu'il devra se taire en entrant dans la chambre fermée, je n'avais point de courage, et tel un malade qui sachant sa mort prochaine ne descend même plus au jardin, une obscure paresse mêlée d'épouvante m'endormait derrière les volets toujours clos. Ah misère ! les terrasses amarrées dans le soleil levant, les femmes dont le manteau violet se cassait contre les balustres ! les fêtes, les jeux ! les villes qui sans cesse, comme pour saluer un Empereur nouveau, à chaque nouveau couple d'amants plantaient des oriflammes dans le pavé rouge, et ce peuple immense qui montait les avenues avec le plein jour dans la face, et les bar- ques jusqu'au soir se balançant sous les hauts ponts en escalier ! Mais derrière la plus pure folie j'aurais craint une catastrophe — l'eau soulevée contre les maisons, ou le feu comme un bûcheron grim- pant d'arbre en arbre, — et les fleurs elles-mêmes, trop fragiles sur leur tige, me semblaient provo- quer ingénument le souffle terrible qui les déra- cinerait 1 C'étaient de longs jours sans confiance.

5

�� �