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ISABELLE 305

pas de long en large, la tête basse, les mains croisées dans le dos ; repassant derrière ma chaise, il s'arrêta ; et brus- quement je sentis ses mains s'abattre sur mes épaules :

— Montrez-moi cette lettre.

— Parlerez-vous ?

Je sentis frémir d'impatience son étreinte.

— Ah ! pas de conditions je vous en prie ! Montrez- moi cette lettre... simplement.

— Laissez que j'aille la chercher, dis-je en essayant de me dégager.

— Vous l'avez là dans votre poche.

Ses yeux visaient au bon endroit, comme si ma veste eut été transparente; il n'allait pourtant pas me fouiller !...

J'étais très mal posé pour me défendre, et contre un grand gaillard plus fort que moi ; puis, quel moyen, ensuite, de le décider à parler. Je me retournai pour voir presque contre le mien son visage ; un visage gonflé congestionné, où se marquaient subitement deux grosses veines sur le front et de vilaines poches sous les yeux. Alors me forçant de rire par crainte de voir tout se gâter :

— Parbleu l'abbé, avouez que vous aussi vous savez ce que c'est que la curiosité !

Il lâcha prise ; je me levai tout aussitôt et fis mine de sortir.

— Si vous n'aviez pas pris ces manières de brigand, je vous l'aurais déjà montrée ; puis le prenant par le bras : — mais rapprochons-nous du salon, que je puisse appeler au secours.

Par grand effort de volonté je gardais un ton enjoué, mais mon coeur battait fort.

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