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300 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

mon apathie que je ne cherchai pas aussitôt à l'ouvrir. Laide, grise, souillée, on eut dit un plâtras, vous dis-je. C'est par désœuvrement que je la pris ; c'est machinale- ment que je la déchirai. J'en sortis deux feuillets couverts d'une grande écriture désordonnée, pâlie, presque effacée par endroits. Que venait faire là cette lettre ? Je regardai la signature et j'eus un éblouissement : le nom d'Isabelle était au bas de ces feuillets !

Elle occupait à ce point mon esprit j'eus un instant

l'illusion qu'elle m'écrivait à moi-même :

Mon amour^ voici ma dernière lettre... disait-elle. Vite ces quelques mots encore^ car je sais que ce soir je ne pourrai plus rien te dire ; mes lèvres^ prés de toi^ ne sauront plus trouver que des baisers. Vite^ pendant que je puis parler encore ; écoute :

Onze heures c'est trop tôt ; mieux vaut minuit. Tu sais que je meurs d^ impatience et que Patiente ni exténue^ mais pour que je m^ éveille à toi il faut que toute la maison dorme. Oui, minuit ; pas avant. Viens h ma rencontre jusqu* à la porte de la cuisine^ (en suivant le mur du potager qui est dans V ombre et ensuite il y a des buissons) ,- attends-moi là et non pas devant la grille^ non que j^aie peur de traverser seule le jardin^ mais parceque le sac ou j^ emporte un peu de vêtements sera très lourd et que je n aurai pas la force de le porter longtemps.

En effet il vaux mieux que la voiture reste en bas de la renelle où nous la retrouverons facilement. A cause des chiens de la ferme qui pourraient aboyer et donner Véveil^ cest plus prudent.

Mais non mon ami^ il n'y avait pas moyen^ tu le sais, de

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