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L EXEMPLE DE RACINE I9I

force éperdue de l'objectivation. Ses amoureuses même ! pas une seule ne se ressemble, bien qu'elles se posent de la même façon : les mêmes traits se combinent différemment en chacune. Gardons-nous bien de nous laisser tromper par l'égalité de la langue qui revêt tout, personnages et tragédies, d'une sorte de vernis abstrait. Chaque pièce a son atmosphère — et l'atmosphère à la fois âpre et molle, voile d'une forte race à son déclin, qui entoure Britannicus^ n'est point celle de Bajazet si singulièrement orientale. Et on a parlé de Ver- sailles ! Est-ce la peine d'insister sur ce point } Si je reconnais quelquefois dans la tragédie racinienne le tour et l'étiquette de la cour de Louis XIV, je n'en respire jamais l'âme. Non seulement Racine surmonte l'élégie, mais il surmonte son milieu et son temps.

Je l'imagine en face de la tragédie, telle que l'a fixée Corneille, telle que la formule Boileau. Il sait bien qu'il ne peut la remplir d'un seul flot, comme faisait le vieux tragique. Racine n'a pas le don d'amplification. Il lit les Grecs : qu'en retient- il ? rien que la décence plastique. Il se méfie de la simplicité d'action qu'il admire dans leurs ouvrages: il ne se risque pas à l'imiter. S'il leur emprunte deux ou trois sujets, il est nécessaire qu'il les complique. Il semble qu'il ait peur de manquer de matière pour occuper les cinq actes prévus. Toutes les conséquences de la guerre de Troie, il les

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