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l86 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

Vous avez mal choisi votre "sujet". Il vous plai- rait que le surabondant génie, même Scandinave, du maître tragique se fût enfermé courageusement dans le triangle sacré des règles de la tragédie unitaire. Avoir dompté, réduit, avoir poncé, fourbi, une matière si rugueuse et si dure, un si rude tempérament ! — Halte-là ! il ne s'agit pas de confondre puissance de vie et puissance d'expres- sion. Si l'une et l'autre, d'aventure, se rencontrent dans le même homme, celle-ci n'implique nulle- ment celle-là ! Le plus souvent l'une supplée à l'autre : l'artiste crée ce qu'il n'a pas vécu. Si vous voulez parler de " discipline " invoquez donc Corneille, voire Molière, et j'étudierai avec vous ce que leur soumission leur aura fait perdre et gagner. Mais qu'a-t-on, dites-moi, à mettre en jeu la discipline, là où précisément il n'y eut jamais rien à discipliner ? Je suis intimement persuadé que le développement de Racine suivit un processus absolument inverse. Je prétends que le cadre de la tragédie s'offrait à lui, dès l'origine, trop vaste en proportion de ses dons naturels. 11 lui fallut s'augmenter et non se réduire. Nous assistons à un bien plus extraordinaire miracle, bien plus fécond et bien plus exemplaire : le miracle de la culture et surtout de la volonté.

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