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SUR LA CRITIQUE AU THÉÂTRE
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boires. C’est pour lui un devoir du cœur, un bonheur sentimental de travailler à leur succès, au succès que sans doute il ne courtiserait pas luimême, mais qu’il désire pour ses amis et dont l’attente finit par occuper toute sa pensée… Encore une fois, cela n’est peut-être pas bien grave. Mais on comprend, dès lors, à la faveur de quel sentiment, louable en soi, la notion de succès usurpe dans l’esprit du critique une place indue, comment le scrupule de déranger un succès pourra trop souvent faire hésiter sa sincérité, par quelle insensible pente il se trouvera conduit à reconnaître qu’ « aucune ambition nest plus naturelle » que celle de composer une pièce qui se joue cent cinquante fois.


Je viens de relire la troisième série des Réflexions Critiques (Au Théâtre) que M. Léon Blum a réunies en volume cet été. Il y a, dans ces pages, une promptitude d’esprit, une élégance de forme, une sûreté de main qui forcent l’admiration. Elles font de M. Blum le plus distingué, peut-être le plus important et certainement le plus en vue des critiques dramatiques actuels. D’autre part, sa haute culture, son authentique admiration pour plusieurs de nos maîtres, ne laissent pas suspecter le goût de M. Blum. Qu’il soit capable d’une grande sûreté, d’une grande liberté de discerne-