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l'ombrageuse 143

appartement, une femme de chambre lui remit une lettre qu'un étranger qui était venu prendre des nouvelles de Paulette avait tout à l'heure déposée à son adresse. Distraite, et d'autre chose occupée, l'Ombrageuse pensa d'abord rejeter loin d'elle l'importun papier ; elle n'y eut pas plutôt porté les yeux qu'elle changea de couleur.

Latour lui écrivait les lignes suivantes :

    • Oui, je vous aime, Isabelle, je ne puis le nier. Quand

" vous m'ouvriez votre cœur hier, pas un instant l'idée " ne m'est venue de protester ou d'interrompre, parce " que d'un bout à l'autre, vous n'avez rien dit qui ne fût

    • vrai. Je vous aime depuis longtemps, je vous ai toujours

" aimée, je crois, d'un amour qu'à le contrarier je ne fais " qu'irriter, et cependant je m'éloigne de vous. Ce don " que vous m'avez offert, non, je ne puis l'accepter : " désormais vous ne me reverrez plus. Je n'ignore pas

    • que vous m'aimez autant que je le fois ; c'est ainsi que
    • vous vous exprimiez, je crois, en parlant de vos propres

" sentiments. Rien sans doute ne nous sépare plus à cette " heure, pas même un scrupule, et vous pouvez l'affirmer " à Derlon, car je ne tiens pas à jouer à l'homme magna- " nime. Je sais aussi que l'outrage immérité va faire de " vous la créatxu-e la plus misérable et la plus humiliée. " Ma résolution n'en est pas ébranlée : il faut que je " m'en aille, je pars donc. Surtout ne me demandez pas " à quelle raison j'obéis en agissant de la sorte. J'aime

  • ' autant avouer tout de suite que je n'en ai point, ou

" plutôt, de la nécessité morale qui me détermine, que

    • pourrais-je vous dire? Vous ne m'entendriez 2:uère. Et

" puis, quoi que je fasse, vous ne croirez plus à ma sincé- " rite. Du moins écoutez ceci : je ne m'appartiens pas.

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