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142 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

comme si elle ne me reconnaissait plus. Epouvantée, j'ai fait appeler un médecin. Je suis tombée de mon haut en apprenant qu'elle s'était empoisonnée. Du laudanum, la malheureuse ! Elle avait avalé tout un flacon de laudanum. Je l'ai retrouvé vide sur sa toilette. "

" Mais pourquoi ? interrompit l'Ombrageuse. Quelle idée, quelle lubie funeste l'a poussée ? J'ai beau me creuser, je ne comprends pas... "

" Pourquoi ! s'écria Boboli. Ah ! peux-tu le demander ? Et en dépit de sa lassitude, elle eut la force d'élever sur son amie un regard tout chargé de reproches et de surprise. Elle se souvint en même temps des soupçons que lui avaient donnés la veille les allures de la jeune femme. Tant de complications, au surplus, passaient la mesure de son attention : elle se borna simplement à répondre : " Mais à cause de Latour, ne l'as-tu pas deviné ? Tu sais combien elle en était éprise, cette absurde histoire de jeu a dû la bouleverser. "

Isabelle subitement se rembrunit. " C'est vrai, fit-elle à mi-voix, je l'avais oublié. " Et un moment elle demeura pensive. Sur son visage, d'ailleurs, l'ombre ne dura guère. Elle détourna la tête, et le tranquille rayonnement d'une félicité qui ne connaît plus d'obstacles à nouveau brilla dans ses prunelles. Seulement, poussée comme à son insu par une sorte d'obscure compassion, elle se rapprocha du lit où se reposait Paulette et sur le front moite de la dormeuse passa doucement la main. En retournant à la fenêtre, elle trouva Boboli assoupie dans son fauteuil, la tête appuyée sur l'épaule ; tranquillement alors elle s*esquiva.

Tandis qu'elle traversait le couloir pour regagner son

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