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l'ombrageuse 133

temps ils se toisèrent. Le premier, Philippe baissa les yeux. A voir son regard céder sous le sien, Isabelle exulta. Elle rougit de plaisir et se rapprochant de lui : " Vous qui ne savez rien de l'empire et de la puissance d'un sentiment qui occupe le cœur tout entier, vous ne pouvez imaginer ce que j'ai ressenti tout à l'heure en apprenant qu'on vous avait chassé d'une salle de jeu ! J'ai ri d'abord, oui, j'ai ri, j'aurais aussi bien sangloté, de joie mauvaise, de désespoir, de colère, que sais-je ! Non, vous ne pouvez concevoir ce qui s'est élevé en moi quand brusquement il me fallut bien ne plus voir en vous qu'un être hypocrite et vil comme tous les autres ; pas plus haut, pas plus bas : à leur taille ! Pour rencontrer des gens à qui parler de vous, je me suis élancée dans la rue, j'en eus vite trouvé, je me souciais peu de choisir. Je n'avais soif que d'en- tendre l'ignoble histoire partout propagée. A l'écouter, j'éprouvais une sorte de jouissance déchirante, et j'applau- dissais. Quoi, c'était ma revanche enfin de tout ce que j'avais souffert par vous. Cette image, que tant de jours, malgré mes révoltes, j'avais dû porter en moi, ainsi qu'une chose sacrée, je la voyais s'abîmer, se salir à mesure. Je me retrouvais libérée en même temps, affranchie, maî- tresse de mon sort à nouveau. Votre indignité elle-même brisait mes chaînes. Lamentable, blessée à mort, certes, je l'étais, mais libre du moins et ne dépendant plus de vous. Et puis, subitement, on est venu me dire que tout en votre aventure n'était que parade et vaine duperie. Jouée, encore une fois je me suis vue jouée, bafouée par vous qui m'échappiez quand tout juste je pensais vous tenir à ma merci. Encore une fois, je sentais retomber sur mes épaules le poids de cet ascendant inhumain qui

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