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792 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

de rajeunir les chefs-d'œuvre ; je me dois d'autant plus de louer, et sans restrictions, l'admirable spectacle qu'il a su nous donner de Coriolan. Plus de prodigalité d'accessoires, plus de fantastique figuration, plus de lumières rivalisant avec l'aurore, le crépuscule et les étoiles tout à la fois ; une représentation d'une seule venue, dans un décor unique dont le centre com- porte une toile de fond mobile et dont le reste figure un milieu neutre, rue, fossé de la ville, champ de bataille. Cette dis- position n'imite pas sans doute (ce qui serait puéril archaïsme), mais nous rapproche de celle où furent jouées jadis les pièces de Shakespeare, et combien dans un tel cadre elles deviennent mieux intelligibles ! Déjà, par leur sobriété, les représentations du théâtre Femina nous avaient donné une impression de même ordre. La chute de notre rideau traditionnel et l'inter- valle d'un entr' acte, même de quelques minutes, établissent une solution de continuité que ne supportent guère la rapidité d'une pièce shakespearienne et la simultanéité de ses épisodes. Certains tableaux perdent leur sens, séparés de ceux qui les précèdent ou les suivent ; ils donnent brusquement l'impression de hors d'œuvre, parce que, destinés à quelque effet de con- traste, ils ne peuvent plus agir comme ferait une tache claire ou une ombre. On pourrait dire qu'il y a chez Shakespeare des scènes qui ont une valeur de mouvement, une valeur linéaire, qui dessinent le sujet, et d'autres qui, dans une action donnée s'arrêtent, pour creuser les ombres et poser les tons. Ce sont celles-là qui dans une représentation défectueuse paraissent longues et inutiles, mais ce sont elles qui, à leur place, per- mettent ces prodigieux coups d'œil dans le dedans d'une situation. Après des scènes d'émeute et de bataille, brusquement Shakespeare nous transporte dans la maison de Volumnie : nous voyons causer la mère et la femme de Coriolan ; une amie vient leur rendre visite. L'action n'a pas fait un pas, mais combien notre créance en elle s'est augmentée, combien l'orgueil et le raffinement du héros nous sont devenus vraisem- blables, maintenant que nous connaissons l'entourage où il a grandi !

Souvent dans notre théâtre, chez Corneille en particulier,

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