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FERMINA MARQUEZ 653

s'infligent eux-mêmes cette épouvantable deminutio capitis. Combien en ai-je vu abdiquer de cette façon ! Mademoiselle, maintenant, vous pouvez entendre ma profession de foi : je méprise l'esprit critique ; je hais la science ; et je ne respecte que les passions humaines, parce qu'elles seules comptent, au milieu de toutes les sottises modernes ! "

Il n'avait pas cessé de la regarder. Il lui disait des choses folles ; des choses qu'il n'eût pas même osé s'avouer, en tout autre temps. Et cependant, il la dominait. Pour elle, résignée, elle le laissait divaguer. Elle restait là, prêtant à peine l'oreille à ce qu'il disait, attendant qu'il eût fini. Il reprit :

— Considérez un peu quelle est ma position. Ne suis-je pas semblable à un homme qui posséderait des milliards cachés dans un souterrain ? Cet homme habiterait une petite ville, il ne pourrait pas sortir de cette petite ville où l'on ne trouverait rien de ce qui s'appelle le luxe. Il serait obligé de vivre comme les autres habitants, sans pouvoir jamais dépenser ses milliards. Et cette richesse fabuleuse, les gens de ce petit pays ne voudraient pas croire qu'il la possède vraiment. Et, quand il parlerait de ses milliards, on lui rirait au nez. — Avez-vous lu " Le Secret de Monsieur Synthèse ", de Louis Boussenard ? Je l'ai lu, quand j'avais neuf ans, et je m'en souviens encore. Il y a dans ce livre un personnage qui est l'homme le plus riche et le plus savant du monde ; c'est le Docteur Synthèse. Il possède un capital qui lui permettrait de devenir, du jour au lendemain, " propriétaire foncier du Globe ". Que mon jour vienne seulement, et moi aussi j'ai, non dans les banques, mais en moi-même, de quoi devenir

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