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FERMINA MARQUEZ 64 1

que ses regards avaient été vifs et malicieux, mais autre- fois, avant son entrée au collège. Car il n'était pas fait pour la vie de collège. Pour lui, elle était un supplice renouvelé tous les jours. On comprenait, en l'observant, qu'il avait tellement pris l'habitude de souffrir que la souffrance était devenue sa meilleure amie.

Il n'aspirait qu'à se faire tout petit, qu'à disparaître. Il connaissait la douleur qu'infligent les maîtres, l'adminis- tration aveugle, par leurs réprimandes et leurs punitions. Et il connaissait aussi la douleur qu'infligent les Autres, les camarades brutaux, surtout ceux qui savent torturer les âmes par des railleries affreuses, ou par des humiliations qui font souhaiter la mort. Déjà même plusieurs fois, il avait songé à se tuer ; mais une crainte religieuse l'en avait empêché. Il se résignait donc à vivre. Et même il essayait de paraître gai, pour ne pas s'attirer, par un air laussade, plus de persécutions. Quelquefois, ne pouvant presque plus retenir son envie de pleurer, sur les rangs ou au réfectoire par exemple, il se mettait à faire des grima- ces, dont tout le monde riait, mais qui l'aidaient à refouler ses larmes.

Camille Moûtier était vite devenu un très mauvais élève. En effet, les punitions et les mauvaises notes étaient bien plus faciles à supporter que les mille taquineries des camarades. Il s'était bien battu, les premiers temps, et il lui arrivait bien encore de donner quelques coups de poing, quand un peu de colère se ranimait en lui. Mais sa colère avait été usée par le désespoir. Les taquins s'acharnaient sur lui. Et de plus, sa fierté était si délicate, que certaines plaisanteries, que d'autres eussent supportées sans chagrin, et qu'on fait cesser en ripostant une fois pour toutes,

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