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LA MORALE ET LA PEDAGOGIE DE M. BARRES 623

quelle volupté il enchaîne sa raison ! Derrière le char où le moi triomphe, qu'elle est belle, cette " reine enchaînée " !

Le secret de Barrés, je le lis dans une phrase du Jardin de Bérénice : " Les colombes roucoulent sur le bas toit de tuiles : les écoliers énervés tapagent dans la ruelle. Et pourtant c'est la paix où mon cœur est à l'aise ". — La paix et le confort du cœur, c'est-à-dire de sa sensibilité individuelle, voilà ce que toujours Barrés a cherché. Et si pour tra- verser la vie il " s'enveloppe dans la part originelle de sa race ", c'est comme, pour traverser la mer, un lord spleenétique, sur la chaise-longue d'un paquebot, s'enveloppe dans un châle écossais. C'est devant la cheminée de Charmes que Barrés a le moins froid. — Il ne faut pas confondre les grelotte- ments de cette âme " glacée de morne " avec les transes de l'ardent Pascal, ni l'hygiène que l'égotiste s'impose, avec les mortifications que le janséniste s'inflige, ni la joie spirituelle enfin que le 29 no- vembre 1 654, Pascal a atteinte, avec la " magnifique douceur " dont le 2 novembre en Lorraine a comblé l'âme de Barrés.

Il faut remarquer d'ailleurs que dans le culte de la terre et des morts, c'est moins le cœur que l'imagination de Barrés qui est satisfaite. Il ne s'agit pas de contester sa sincérité, qui est profonde. Mais ces réalités où il s'appuie, on peut bien le soupçonner de les imaginer. Ce n'est pas la Lor-

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