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notes 533

les rendre plus expressifs; il n'est ni réaliste, ni lyrique : il se comporte à la façon d'une idée. Une idée est d'abord une certaine forme vide; on ne discerne pas son contenu; elle est l'attitude de l'indistinct ; mais peu à peu elle se précise, c'est- à-dire qu'elle se multiplie intérieurement, que des détails, au dedans d'elle, viennent commenter sa généralité. De même dans la conformation du châssis ou de la feuille de papier qu'il adopte, Matisse, tout de suite, démêle une indication, dont son dessin va être le développement; en effet, le dessin naît peu à peu sous l'influence du cadre ; il s'enroule au centre dans la position que lui suggèrent les dimensions extérieures; les lignes se compensent, se rappellent, expriment, chacune à un degré différent de complexité, le thème d'ensemble, et font servir leur dissemblance elle-même à accentuer la même idée ; c'est une variation complaisante ; avec volupté les traits de fusain inscrivent les correspondances et les balancements, rythment l'équilibre, répètent les droites en courbes parentes. Ainsi le tableau s'imite lui-même en se multipliant au dedans. Mais ses détails les plus particuliers toujours dérivent du schème initial ; et ils en gardent le caractère abstrait. — Souvent ce dessin atteint une grâce sévère et exquise, comme dans la Coiffeuse (N° 51) ou dans la Musique, que reproduit le catalogue. Sou- vent aussi il a l'absurdité de la logique; n'étant pas embarrassé ni retenu par la réalité, il déploie une gratuite barbarie, comme dans le Nu à l'écharpe blanche (N°56).

Mais même quand il est beau, il ne suffit pas à rendre belle la toile ; en effet, jamais à sa qualité les qualités de la couleur ne s'unissent. Matisse semble vouloir n'employer que séparé- ment sa couleur et son dessin : il refuse de les concilier en un tableau complet ; pas une fois il n'a réalisé une œuvre pleine. C'est qu'il ne veut peindre que les aboutissements ; il néglige tout ce qu'un sujet a de commun avec les autres, il attend pour intervenir jusqu'au dernier moment, celui de la divergence ; il faut avant qu'il pose la première touche, que tout le passé d'abord ait été sous-entendu. — Nous découvrons ici l'erreur où l'engage son abstraction. Comme il travaille à part des choses, il ne voit en elles que les invitations à la diversité :

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