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5<D2 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

XL

Désormais, Joanny aurait trois heures éblouissantes dans sa journée, si éblouissantes, qu'elles éclaireraient toutes les autres heures d'une clarté nouvelle. C'était de une heure à deux heures, et de quatre heures à six heures de l'après-midi. Jamais ses réveils n'avaient été plus joyeux. Comme l'été s'avançait, l'aube paraissait une heure au moins avant que le tambour donnât le signal du lever. Eveillé avant tout le monde, Joanny regardait le jour grandir : encore engourdi, les idées confuses, il sentait du bonheur au fond de lui, quelque part en lui, il ne savait pas au juste où ; puis il se demandait pourquoi la vie était si belle, et sa conscience en se réveillant tout-à- fait, lui disait : " Fermina Marquez." C'était parce qu'il allait voir la chka que la vie était si belle. Couché, il voyait les choses comme on les voit au début des con- valescences. Les fenêtres surtout étaient belles; vastes, sans rideaux, avec leurs minces châssis de fer, elles contenaient toute l'aurore. Il y avait comme un encadre- ment de buée, et, au-delà, des profondeurs de bleu tendre, de bleu argenté, plus beau que l'azur des images de première communion.

Joanny se souvenait particulièrement d'une de ces images qu'il avait vue dans le livre de messe d'une petite fille, à la campagne. Au verso, il y avait une prière à la Sainte- Vierge, par Henri Perreyve ; et dans cette prière on lisait ceci : " Ayez pitié de ceux qui s'aimaient et qui

ont été séparés Ayez pitié de l'isolement du coeur. "

L'isolement du coeur ? Maintenant, Joanny comprenait

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