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486 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

sont appelées filles soumises, et les autres, ma mère et ses amies par exemple, sont des femmes soumises; voilà tout. " — Joanny était satisfait de cette formule ; il était fier d'avoir, à quinze ans, des pensées de cette sorte ; il les croyait nouvelles et audacieuses. En même temps, ses vieux scrupules d'enfant pieux lui reprochaient ce que ces pensées avaient d'irrévérencieux pour sa mère. — Oui, la notion de l'honnête femme avait reçu, chez Léniot, de fortes atteintes. Mais elle subsistait, sous la forme d'une distinction fondamentale entre deux modes d'éducation. C'est à cela que se réduisait, en dernier examen, toutes les différences. Il y avait les femmes comme il faut et les autres. Et ce qui faisait justement, à ses yeux, l'attrait des jeunes filles, c'est qu'elles formaient un troisième groupe. Elles avaient encore à choisir entre le vice et la vertu, et au vice comme à la vertu, elles empruntaient des charmes. Fermina Marquez était une jeune fille ; et c'est cela, précisément, qui troublait surtout Joanny : il croyait qu'avec une jeune femme il eût tout osé. Eh bien, raison de plus pour tenter de séduire la petite Américaine...

Certes, de toutes façons, il valait mieux qu'il ne fût point amoureux. Il ne devait, pour rien au monde, tom- ber dans les niaiseries sentimentales : on se répète de mauvaises phrases de romans ; on essaie de composer un sonnet, et c'est le Sonnet d'Arvers que l'on transcrit plus ou moins exactement ; on rêvasse ; et le résultat de tout cela n'est que du temps perdu. Non : Joanny devait appliquer à cette tentative de séduction toute sa patience méthodique, tout son entêtement studieux de bon élève. Il lui fallait calculer froidement, surveiller les événements, guetter les occasions

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