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LES POÈMES D'ORCHESTRE DE CLAUDE DEBUSSY 48 I

rompre son cheminement imperturbable. Sa con- tinuité cesse d'errer : elle va.

Cependant h rigueur, qu'acquiert Debussy dans Ibéria y peut-être se compense-t-elle de quelque sécheresse. Faut-il avouer que nous regrettons un peu l'humide frémissement des Nocturnes et du Prélude à T après-midi d'un faune. Sans doute les traits dans Ibéria sont plus incisifs ; la main ne tremble pas, qui les trace, nuis leur fixité les rend moins chargés de délice. Ce n'est plus la sensation ou l'émotion mêmes qui sont transcrites : l'esprit est intervenu et il a fait son œuvre de substitution. A la limite cet art finirait par ressembler au délicat symbolisme des paysages japonais : composition de quelques lignes très précises, entre lesquelles des couleurs avec atténuation se souviennent. Mais si l'on veut éprouver cette image, il y faut un effort; le sentiment en moi ne naît plus du premier coup; je ne peux que le retrouver. Le retrouvé-je même véritablement ?

La musique des premiers poèmes atteignait l'âme à force de déferler contre les sens. Ce soulè- vement, ce détachement par le délice, ils empor- taient l'âme avec le corps. Quand tout l'orchestre du Prélude à l'après-midi d'un faune dévalait de langueur, il nous emmenait tout entiers dans sa défaillance. — Mais voici que la volupté cesse de nous assaillir. La musique de Debussy n'est plus que d'indication ; elle semble se retirer au second

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