Ouvrir le menu principal
Cette page n’a pas encore été corrigée


LES POEMES D ORCHESTRE DE CLAUDE DEBUSSY 477

d'abord, pleine d'une modération balancée ; de lentes tenues se traînent, se posent sur le mouve- ment comme s'oubliant à un rêve : elles perpé- tuent la complaisance, elles prolongent le délice, s'attardent à le goûter jusqu'à la défaite. Mais soudain comme n'en pouvant plus, comme fatigué de porter en soi un excès, tout l'orchestre se résout en une vaste éclosion vibrante ; doucement il se déchaîne ; par un secret passage il glisse dans l'épanouissement. Insensible et subite délivrance de la suavité : de fluides colonnes claires frémis- sent, une grande agitation limpide et retenue bouleverse les violons ; le chef d'orchestre tient au

•ut de ses doigts toute une ruisselante candeur qui lentement s'écroule, comme une vague qui mettrait longtemps à se défaire. Parfois plus de langueur encore vient exténuer la mélodie : alors au lieu de se fondre en un large frisson harmoni- que, elle cède accablée, elle défaille en une ondu- lation déclive et interminable, comme la danseuse, sous le plaisir, sent jusque dans ses hanches faiblir ses pas.

Musique de la volupté. Mais parce qu'elle traduit les plus vacillantes émotions, il ne faut pas croire qu'elle-même soit arbitraire et vague. Sa flottante subtilité, si d'abord elle nous surprenait de joie, c'est tant elle était exacte. De l'incertitude des sentiments il peut y avoir une expression précise ; il ne faut que la trouver. Debussy a en-

�� �