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Et quand on dit poëte, on peut entendre telle autre classe des producteurs intellectuels. Je vous le répète, ce texte est une mine à méditations.

C. Lucas de Pesloüan.



DERNIERS CONTES (Histoires insolites. L’Amour Suprême. Akëdysséril) par ’’Villiers de Visle-Adam’’. (Mercure.)

Qui connaît ’’Axël, Isis, l’Eve Future ne lit pas sans regret les Histoires Insolites du comte Villiers de l’Isle-Adam. Un tel esprit déchoit en devenant satirique. On regrette qu’il ait enlevé son masque de “ roi spirituel ”, pour laisser voir un visage d’homme harcelé par les sottises quotidiennes.

Certes, l’ironie de Villiers ne manque pas de hauteur. Elle a cette sûreté qui lui permet de ne jamais rire, et de n’avertir jamais le lecteur qu’on lui donne à rire. Elle a cette ampleur et cette souplesse grâce auxquelles elle peut imiter le langage des bouffons sans que sa propre voix en perde de sa beauté. Les phrases favorites des belles “ Madame Rousselin ” s’insinuent dans la période de Villiers de l’Isle-Adam sans la déformer, sans nuire à la dignité de son geste : “ Elle avait aimé feu son époux, — ayant conquis, d’ailleurs, à ses côtés, dans le commerce des bronzes d’art, une aisance, — la belle Madame Rousselin !…” (Le Jeu des Grâces.)

Mais la continuité de cette ironie déçoit. Il eût fallu que ce ton, chez Villiers de l’Isle-Adam, fût vraiment “ insolite ” : c’est avoir pris bien au sérieux la sottise que s’être moqué d’elle durant deux cents pages ! À ce dégoût tenace, il faut préférer le sourire infiniment “ spirituel ” de Stéphane Mallarmé, cet humour d’essence si rare et si étrange, comme l’étonnement amusé d’un ange qui découvre, dans son domaine exquis, “ ces touristes omniprésents ”.

L’attitude même que s’était choisie Villiers lui interdisait la satire. “ Il y aura toujours assez de solitude sur la terre pour ceux qui en seront dignes, ” a-t-il dit. Il se devait donc à lui-même de conserver ce regard “ au-dedans fixé” dont a parlé