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382 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

nuit, quelques heures à peine avant le lever. Avaient-ils acheté la discrétion du garde de nuit, des veilleurs ? Avaient-ils des intelligences avec quelqu'un dans le vil- lage ? C'est probable. On disait que le professeur d'équi- tation, établi hors de Saint-Augustin, leur louait des chevaux. A cheval donc, ils allaient à la gare la plus voisine, et, au bout de vingt-cinq ou de trente minutes, les deux compagnons étaient à Paris. Au retour, ils retrouvaient les chevaux, laissés dans une écurie d'auberge, et galopaient jusqu'au collège. Fermina Marquez n'avait pas tort : il y avait là de quoi se faire expulser, et de quoi faire chasser une partie du personnel, en même temps. D'ailleurs, toutes ces choses ne furent connues des auto- rités du collège que beaucoup plus tard, alors que les coupables et leurs complices avaient quitté Saint- Augustin depuis plusieurs années.

D'abord, Santos fut seul à sortir la nuit. Il commença par fréquenter le Quartier Latin, car le train qu'il prenait dans la banlieue le déposait à la place Denfert, et il n'osait pas encore combiner, sur le réseau de ceinture, des itinéraires plus compliqués. Mais il se fatigua vite du Quartier. Il n'était pas à son aise dans les brasseries d'étu- diants : le milieu était trop raffiné pour lui ; il entendait avec étonnement ses voisins de table parler de philosophie ou de littérature. Il se sentait, là, petit garçon, potache. D'autre part, ses dépenses exagérées, l'ostentation incons- ciente de son argent, provoquèrent la jalousie méchante de la plupart, et le mépris de quelques-uns, de ceux, jus- tement, qu'il sentait supérieurs à lui-même, et dont il aurait voulu gagner la sympathie. Et enfin, quand il eut connu les plaisirs coûteux de la Butte, il dédaigna les amusements plus modestes du Quartier.

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