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34-6 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

Souvent, la nuit, Jones et l'enfant s'éveillaient et écou- taient... puis, comme un faible écho, ils entendaient la clochette. Dès la froide heure du matin, leur premier souci était la clochette : était-elle loin ?

Moondooroo avait cette année-là no.ooo moutons à tondre. Dans l'immense hangar de tôle ondulée, les 48 machines guidées par autant de tondeurs, ronflaient comme des bêtes puissantes, et leur acier brillant semblait caresser le corps des moutons tout en mordant leur laine avec des mâchoires que mouvaient 380 révolutions par minute. Les bêtes se débattaient et protestaient de bêlements, devenaient plus blanches chaque fois que la machine leur passait sur la peau. Elles étaient maniées et retournées comme de gros fruits qu'on pèle, tandis que leurs toisons neigeuses s'étalaient en gros bouillons sur le plancher verni de suint et d'huile de machine.

Ici et là, un sillon rouge, une blessure apparaissaient sur la peau d'un mouton : le tondeur criait " Tar ", un gamin accourait et badigeonnait la blessure. D'autres boys allaient et venaient sans cesse, portant les toisons aux tables des trieurs et balayant le plancher.

A l'autre extrémité du hangar deux presses mues à la vapeur, étaient sans cesse remplies de toisons qu'elles com- pressaient en des balles dont l'enveloppe de jute était tendue à craquer.

Au dehors, dans les " yards " c'étaient les cris des hommes et les aboiements des chiens au milieu d'une poussière épaisse, brune et poivrée, soulevée par les moutons affolés. Ici on marquait les bêtes tondues d'un (M), là on se préparait à mettre dans le hangar de nouveaux moutons pour la tonte du lendemain.

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