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Qui te laissait tout bas plier sans résistance,
Tu n'as pu que mourir a ta jeune existence,
Loin de tenter d 'abord un siècle trop ardu,
Je te retire a moi, comme un enfant perdu
Qui, penché dans mes bras, a dormir se décide,
Mon frère, ô déplorable et pâle suicide,
Dont j' entoure humblement le cadavre ingénu.
Que je t'aurais aimé si je t'avais connu !
Je ne saurai jamais quel démon de tristesse
De sa noire langueur nourrissait ta faiblesse,
Ou bien de quel amour terrible et divisé
Tu traînais dans ta chair le supplice attisé,
Et, toi-même enfonçant l'ardeur qui te dévore,
Tu consumais tes jours et te charmais encore.
Eh bien ! sur ton orgueil morose replié,
Si je t'ai recueilli d'un sépulcre oublié,
Tacite adolescent qui n'as pas eu d'histoire,
Racheté, enseveli dans ma tendre mémoire,
Et goûte, d'un repos sans mélange altéré,
La mortelle douceur d'avoir désespéré !


FRANÇOIS-PAUL ALIBERT.


Nîmes, 1907.