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328 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

Platon propose de rendre hommage au poète " comme à un homme divin, ravissant et merveil- leux ", mais de se hâter de le congédier " après lui avoir versé des parfums sur la tête et l'avoir orné de bandelettes ". Nulle " Cité Moderne " au contraire qui ne réserve aux artistes la place la plus éminente. Ce n'est peut-être pas rendre service aux citoyens ; c'est à coup sûr desservir l'art.

Hélas, en fait de théories esthétiques il n'est de vrai que la nuance. On voudrait balancer toute affirmation par une autre opposée et complémen- taire. L'homme de génie vient faire mentir tout ce qui est vrai de l'homme moyen. C'est de l'artiste de métier qu'il est ici question : dès qu'il devient un personnage, dès qu'il prend une prépondérance sociale pour laquelle il n'est pas constitué, aussitôt le voilà qui passe au premier plan, lui, ses goûts, ses opinions, ses amours ; et son œuvre objective n'a plus que la seconde place. Il se fait dans son activité un changement d'orientation, imperceptible d'abord, mais aussi définitif que le partage des eaux entre deux bassins opposés. Ou bien c'est l'artiste qui portera l'œuvre, comme on voit les statues de nos anciens rois soulever dans leurs mains l'image d'une basilique, ou bien l'œuvre sera faite pour supporter l'artiste et lui servir de piédestal.

Or il faut bien oser le reconnaître : on risque de lâcher la proie pour l'ombre, car parmi les

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