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3 H LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

plus réelle figure et si peu masquée que parmi les paraboles de Jean Bousset se retrouve tel souvenir véridique dont une lettre de Philippe, ici publiée, nous confirme le récit... — A le respecter, à s'incliner devant lui, au prix nouveau que prend peu à peu une présence d'homme, Marie bientôt saura que l'instinct n'est qu'une inerte matière qu'il appartient à l'amour d'animer et d'instruire. A peine Raphaël s'est-il pour quelques jours éloigné, Jean et Marie spontanément se penchent l'un vers l'autre : en l'aimant, subitement, il l'éveille à elle-même : il n'y aura plus rien dorénavant, en sa chair trop longtemps déserte, que n'habite la plus merveilleuse intelligence.

Pour le coup, on pourrait croire que la jeune femme a ren- contré sa destinée si le livre à cet endroit tout juste ne déviait. Ce n'est pas elle en effet que l'amour va décider, c'est Jean Bousset. Du jour où Raphaël, prévenu, accourt à Paris, res- saisit Marie étourdie et passive et l'emmène avec lui, laissant son ami seul désormais, c'est celui-ci qui devient le héros du livre, c'est lui qui désormais tiendra notre intérêt en suspens. Philippe a beau suivre Marie à Lyon, chez le grand-père qui la rebute ou chez sa mère, après quinze ans retrouvée, elle semble, pour s'être éloignée de Jean, brusquement vidée et comme désaffectée : tout, à son regard comme au nôtre, si Bousset n'est plus là, ne paraît qu'absence et solitude. Dès le moment, en revanche, où elle franchit à nouveau le seuil de Jean, pour lui offrir une vie sans lui inutile, le drame tout à coup s'équilibre, il a retrouvé son niveau et sa direction. La question toutefois n'est pas de savoir si Marie Donadieu demeurera dans la petite chambre sur le quai, c'est Jean Bousset, c'est la décision qu'il va prendre qui nous occupe ; il tient entre ses mains bien plus que le sort d'une amante mal- heureuse, et cet intérêt supérieur qu'il incarne fait de lui plus que jamais le centre même et comme l'axe du roman. — Il ne cédera ni à la tendresse, ni à la pitié. Durant les heures de la séparation, il a connu ce qu'il appelle " les sentiment nou- veaux " et qu'à celui qui se propose d'être soi-même dans la vie et dans ses réalisations, ce sont ces sentiments-là qui importent, et non point les autres, ceux qui ont déjà servi.

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