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CHARLES BLANCHARD 23

mais vraiment ce fut son cadavre que l'on traîna dans la boutique. Et il fut impossible de le lâcher ensuite : il ne tenait pas sur ses jambes. On en vint à se dire :

— C'est sans doute parce qu'il a quitté sa mère. Il n'est pas habitué à nous.

La tante ferma la porte à clé, car il s'essayait à l'ouvrir, puis elle l'appuya contre cette porte en disant :

— Allons, voyons, reste un peu avec ton oncle. Il se tint debout par obéissance, et il montrait sa face ; mais dès qu'autour de lui il eut donné un coup d’œil, il tourna le dos. Sa tête était placée sous son bras, il fermait les yeux ; de tout son corps il s'appliquait contre la porte comme s'il eût voulu en faire partie ; il était à croire que son âme l'avait déjà traversée pour aller de l'autre côté.

Il fallait bien parfois, à l'heure des repas, par exemple, que l'on ouvrît la porte. Dès qu'elle était entrebâillée, il se coulait par la fente, il s'échappait comme un prisonnier qui vient de recouvrer sa liberté et s'empresse d'en faire usage. Il courait à la première chaise, elle était bonne et lui suffisait. C'est sur celle-là qu'il s'asseyait, puis, d'un coup de tête et d'un coup d'épaule, il s'élançait, il plongeait, il entrait dans le silence et semblait alors avoir trouvé l'élément dans lequel il pouvait vivre.

La maison de Baptiste, en effet, contenait deux