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2l6 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

dédaignait et qu'il aurait sans doute fini par délaisser ! Quelle place elle tient dans son œuvre depuis la Bonne Madeleine jusqu'à ce Charles Blanchard qu'il n'a pas eu le temps d'achever ! Comme il a su la montrer toute dans l'ensemble et dans les détails, différente avec les saisons et avec les heures de la journée î Le bourg et les champs, en Bourbonnais, sont deux parties très distinctes, d'un tout qui est la commune. Il ignorait presque la seconde et rarement il se risqua à parler des paysans qui vivent épars dans les fermes et les hameaux, mais il connaissait à fond la première, où il était né, où s'était écoulée son enfance.

Aux vacances d'il y a trois ans, au soir d'une journée passée chez moi, je le reconduisais jusqu'à mi-route, selon la coutume. Nous causions tranquillement ; il me disait le tarif des articles et nouvelles dans les grands journaux de Paris. Voici que le cheval s'effraya d'une voiture de bohémiens, arrêtée sur l'accotement, et qu'il fît un léger écart, — oh! un écart bien insignifiant : c'était une bête sûre et ayant, comme on dit, l'âge de raison.

Or, l'année précédente, nous avions plaisanté beaucoup au sujet du prix Goncourt, qui devait nous être attribué à lui ou à moi, d'après les journaux. (En fin de compte ce fut Frapié qui l'obtint.) Nous avions plaisanté beau- coup, chacun de nous visant au moyen de supprimer l'autre, pour amener sur son nom toutes les chances. Philippe, après avoir parlé de m'entraîner dans les fourrés de Tronçais et de m'y faire mon affaire, avait fini par conclure qu'il serait plus simple de me laisser attribuer le prix, et quand j'aurais touché à Paris les cinq mille francs, de faire opérer un apache de ses amis, qui lui remettrait honnêtement la moitié de la somme...

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