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90 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

une glace, dans l'entrée d'une boutique, lui présenta son image en pied. Il^en profita pour arranger son chapeau tout en se regardant, non sans quelque satisfaaion. Le mariage d'un Lyonnais et d'une Milanaise avait donné un assez beau produit. Un haut et svelte gaillard, aussi solide et de tenue aussi corecte que n'importe quel « Arthur » ou quel « Johnny » de Pall-Mall ou de Picca- dilly, mais avec des attaches et des extrémités plus fines et dans les yeux une lueur qu'ils n'ont pas. En dépit de son origine commerciale il avait cette caractéristique d'aristocratie, cet air, — on ne sait si on doit dire sportii ou légèrement rustique, — ce teint coloré et cette vigou- reuse simplicité d'allure qui distingue les fils de la grande bourgeoisie de l'espèce purement citadine des calicots et des bohèmes. Avant de se recoiffer il lissa ses cheveux noirs, divisés par une raie médiane, et qu'il portait très apbtis, comme une calotte de Pierrot, à la dernière mode de Buenos-Ayres, où il venait de passer quelques mois. Et en sifflotant l'air d'une chanson de Fragson, il reprit sa marche dans la direction d'Oxford Circus.

... Oui, ce serait amusant de voir si l'autre gamine voudrait mordre à l'hameçon, et si Queenie était capa- ble de se montrer jalouse. Un passe-temps comme un autre. Ce sont précisément ces petites intrigues qui nous font mieux sentir le côté sérieux de notre vie, de nos travaux et de nos affaires.

Il fut donc un peu déçu quand, le dimanche suivant, Queenie vint seule. Mais ils purent causer un peu, et elle se montra si gaie, si confiante et si soumise déjà (comme sa mère) que Marc regretta presque d'avoir considéré leur aminé comme un jeu sans importance. Et

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