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88 LA NOUVELLE REVUE FRANÇALSE

Enfin, après qu'il les eut chargées chacune d'un sac de friandises, ils prirent l'autobus pour Richmond. La nuit commençait. De l'impériale où ils étaient à peu près seuls, ils regardaient s'ouvrir devant eux la vaste mer métropolitaine, avec ses hautes lames de maisons se suc- cédant à perte de vue. L'ombre augmentait, et comme le siège de devant venait de se trouver vacant, Marc s'y assit et fit signe à Queenie de l'y rejoindre. Elle hésitait, mais Ruby lui poussa doucement le bras, et elle vint.

— Voilà une jeune fille bien sage, dit Marc ; et il l'en- laça, l'obligeant à se blottir contre lui. Oh, quel instant que celui où il sentit à travers ses vêtements cette jeune vie, douce, tendre et vigoureuse, cette fierté qui se ren- dait, cette force qui s'abandonnait.

Au-dessus de leurs têtes tout le ciel se teignait déjà de ce reflet d'un rose intense qui caractérise les nuits de la grande ville, et des lumières brillaient de toutes parts, qui semblaient voler autour de leur course comme des- étincelles. Toute la ville de Londres n'était qu'une four- naise, un immense feu de joie qu'ils traversaient suspen- dus entre ciel et terre. C'est ainsi que leur essor les porta jusqu'à la rive du fleuve et au-delà^ sans qu'ils se fussent rendu compte du chemin parcouru ; et au sortir de Putney, le souffle des pelouses et des espaces champê- tres, qui s'élevait du parc de Richmond et du commu- nal de Wimbledon, les reçut dans sa délicate odeur humide. Et bientôt après s'alignèrent devant eux les sages petites lumières des réverbères de Richmond sous leurs abat-jour de verre dépoli.

— On dirait un dortoir d'école de jeunes filles, dit Marc.

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