Ouvrir le menu principal
Cette page n’a pas encore été corrigée


928 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

eux pendant un demi-siècle avec le plus persévérant ensemble, a perdu son procès. La critique, comme dans l'affaire du Cid, a eu tort contre le public. C'est moi qui le crois, mais elle n'en convient pas encore. J'ai sous les yeux un recueil de morceaux choisis, daté de 1920, qui est un des plus répandus dans l'enseignement secondaire, et qui est des- tiné par ses notices suivies à servir en même temps d'histoire de la littérature française, ce qui incite par ces temps de livres chers les professeurs à l'adopter. Ni Zola ni Maupassant n'y ont de notice, mais bien Jules Sandeau, Octave Feuillet et André Theuriet. Pour les' vivants deux notices seulement, l'une sur Paul Bourget, l'autre sur Pierre Loti, dont on nous dit froidement qu' « il saisit avec sûreté les traits caractéris- tiques de la psychologie japonaise ! » (ni France, ni Barrés n'existent). L'ensemble de la critique universitaire reste sur ses anciennes positions (on fera les exceptions qui convien- nent, M. Lanson et quelques autres). Mais La Bruyère nous dit que si le Cid est un chef-d'œuvre les Sentiments de l'Aca- démie sont de l'excellente critique. Mieux vaut comprendre et expliquer les répugnances de cette critique que les con- damner en bloc.

On conçoit que le réalisme et le naturalisme, ou plutôt les œuvres vivantes auxquelles il a fallu donner ces étiquettes conventionnelles, aient mis la critique devant un cas de conscience fort délicat, le même après tout où l'avait placée le romantisme. On a dit cent fois que le romantisme depuis Rousseau était l'insurrection, chez l'écrivain, du sens indi- viduel contre la société. C'est vrai dans le principe, c'est vrai pour le psychologue, mais ce n'était généralement .pas vrai pour le lecteur, pour le public, qui pouvait au contraire pui- ser à pleines mains dans les grands romantiques des senti- ments religieux et sociaux : respect delà conscience et amour de l'humanité chez Rousseau, sentiment religieux chez Cha- teaubriand, sentiment de l'honneur chez Vigny, sentiment de

�� �