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SOUVENIRS SUR TOLSTOÏ 911

— Je ne le crois pas, mais je ne suis pas certain de ce que j'avance.

— Vous ne savez pas. Aimez-vous ses nouvelles ?

— Je les aime beaucoup.

— C'est le contraste alors qui vous attire. Il est lyri- que, et c'est une note qui vous manque. Avez-vous lu Weltmann ?

— Oui.

— N'est-ce pas que c'est un bon écrivain, intelligent, exact, et qui sait éviter l'exagération ? Il surpasse quel- quefois Gogol. Il connaissait Balzac. Et Gogol imitait Mar- linsky.

Comme je prétendais que probablement Gogol avait été influencé par Hoffmann, Sterne, et peut-être par Dickens, il me jeta un regard et me dit : « Avez-vous lu cela quelque part ? Non ? Cela n'est pas vrai. Gogol connaissait à peine Dickens. Mais vous avez évidemment lu beaucoup. Que je vous le. dise, il y a là un danger. Korolenko s'est abîmé par la lecture. »

En me reconduisant, il me dit : « Vous êtes un vrai mou- jik. Vous vous habituerez difficilement à vivre parmi des écri- vains. Mais que cela ne vous inquiète pas ! N'ayez pas peur ; dites toujours ce que vous sentez, même si c'est impoli. Les gens sensés comprendront. »

Cette première rencontre me laissa une double impres- sion : j'étais heureux et fier d'avoir vu Tolstoï, mais sa con- versation me faisait penser un peu à un examen, et en un certain sens ce que je venais de voir en lui était moins l'auteur des « Cosaques », de « Kholstomier », de « La Guerre et la Paix », que le barine qui, descendant à mon niveau, croyait nécessaire de me parler la langue de tout le monde, la langue de la rue et de la place publique. Cela renversa l'idée que je m'étais faite de lui, une idée profondément enracinée en moi et qui m'était chère.

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