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SOUVENIRS SUR TOLSTOÏ 899

laisser, lui, homme, abandonné dans la paix du désert qu'il a choisie. Sa version des Evangiles, il nous l'a donnée, afin que nous puissions oublier les contradictions qui se rencon- trent dans le Christ ; il a simplifié l'image du Christ, adou- cissant les côtés militants de sa nature, et mettant au pre- mier plan l'humilité de celui qui a dit : « QjLieta volonté soit faite ! » Nul doute que l'Evangile de Tolstoï ne soit accepté d'autant plus aisément qu'il agit comme un « calmant sur la maladie » dont souffre le peuple russe. Il fallait qu'il leur donnât quelque chose, car ils se plaignent et remplissent les airs de leurs lamentations, et le détournent de « l'essentiel ». Mais « la Guerre et la Paix » et toutes les autres choses du même ordre, n'apaiseront pas cette douleur et le désespoir qui monte du sol grisâtre de la Russie. Parlant de « la Guerre et 'la Paix », il disait lui-même : « Sans fausse modestie, cela vaut l'Iliade. » M. Y. Tchaikovsk}' l'a entendu parler dans les mêmes termes « d'Enfance » et « d'Adolescence ».

Des journalistes viennent d'arriver de Naples ; l'un d'eux même est accouru jusque de Rome. Ils me demandent de leur dire ce que je pense de la « Fuite de Tolstoï ». « Fuite », voilà le mot qu'ils emploient. Je n'ai pas voulu leur parler. Vous, vous pourrez comprendre qu'intérieurement je suis terriblement troublé : ce n'est pas sous la figure d'un saint que je veux voir Tolstoï : qu'il demeure un pécheur dont le cœur reste proche de ce monde, en proie au péché, proche même du cœur de chacun d'entre nous ; Pouchkine et lui — il n'y a rien de plus sublime, ni qui nous soit plus cher.

Léon Tolstoï est mort.

Un télégramme est parvenu contenant ces simples mots : il est mort.

J'ai reçu un coup au cœur : j'ai pleuré de peine et de colère, et maintenant à demi fou, je l'évoque tel que je l'ai connu, tel que je l'ai vu. — Je suis tourmenté du désir de lui parler. Je me le représente dans son cercueil. — Il y gît

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