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858 LA NOUVELLE REVUE FRANÇALSE

sinon son excellence, et qui institue dans l'ordre écono- mique et politique la dictature d'une classe.

Un avantage de cette méthode, qui n'a certainement pas échappé à ses partisans, réside dans ce fait qu'en supprimant l'individualisme artistique, on débarrasse les artistes mé- diocres de leurs confrères assez indiscrets pour manifester un tempérament et des dons personnels ou assez outrecuidants pour prétendre en tirer gloire et profit.

Désormais il suffira pour être pçintre d'avoir choisi cette profession. Les choses, dira-t-on, ne se passent guère autre- ment dès maintenant. Cela n'est vrai qu'en apparence et les soi-disant artistes sentent si bien qu'ils n'ont pas le même rang et la même valeur sociale que les artistes véritables, qu'on les entend réclamer la péréquation du talent.

Ces idées ne sont pas nouvelles. La plupart des écoles littéraires et artistiques fondées récemment n'avaient-elles pas pour objectif réel, sinon avoué, d'entraîner dans le sillage d'un bateau collectif, lancé à grand orchestre et baptisé à l'encre, un équipage de médiocres ou de paresseux, inca- pables de forcer, par leur etfort personnel, l'attention d'un public même restreint et réputé d'élite.

En ce qui concerne la peinture, les satisfactions d'amour- propre ne sont pas les seules en jeu : l'intérêt matériel entre aussi en ligne de compte. La peinture est un objet de com- merce et même de spéculation. Avec l'instauration du com- munisme, c'est l'âge d'or qui s'ouvre pour les peintres. Peindre est désormais non leur passion, leur divertissement ou leur métier, c'est leur fonction sociale : fonctionnaires, ils peignent, l'Etat les entretient.

Mais à ce compte, objectera-t-on, tout le monde voudra être peintre, poète ou musicien? — Pardon, n'oublions pas que ce régime communiste de l'art est aussi un régime dictatorial. Le ou les dictateurs décrètent une peinture ofîicielle et choi- sissent les peintres qualifiés pour collaborer au grand œuvre.

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