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836 LA NOUVELLE REVUE FRANÇALSE

ainsi depuis assez longtemps l'un et l'autre ; à un petit mouvement qu'il fit enfin je le regardai. Sans doute il n'attendait que mon regard ; il balbutia d'une voix étranglée, et que je pouvais à peine entendre :

— Voulez-vous être mon ami ?

Je ne ressentais à l'égard d'Abel qu'une affection des plus ordinaires ; mais il aurait fallu de la haine pour repousser ce cœur qui s'offrait, je répondis :

— Mais oui, ou : Je veux bien ; gauchement, confu- sément. Et lui, tout aussitôt, sans transition aucune :

— Alors, je vais vous montrer mes secrets. Venez. Je le suivis. Dans le vestibule il voulut allumer une

bougie ; il était si tremblant que plusieurs allumettes se cassèrent. A ce moment, la voix de M. Richard :

— André ! Où êtes-vous ? Il est temps d'aller vous coucher.

Abel me prit la main dans l'ombre.

— Ce sera pour demain, dit-il avec résignation.

Le jour suivant il me fit monter dans sa chambre. J'y vis deux lits ; mais un restait inoccupé depuis le départ d'Edmond Richard. Abel, sans un mot, se dirigea vers une armoire de poupée, qui se trouvait sur une table, l'ouvrit avec une clef qui restait pendue à sa chaîne de montre ; il sortit de là une douzaine de lettres ceinturées d'une faveur rose, dont il défit le nœud ; puis, me ten- dant le paquet :

— Tenez. Vous pouvez toutes les lire, fit-il avec un grand élan.

A dire vrai, je n'en avais aucun désir. L'écriture de toutes ces lettres était la même ; une écriture de femme, déliée, égale, banale, pareille à celle des comptables ou

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