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SI LE GRAIN NE MEURT... 83 I

j'entrai, évidemment pour m'impressionner davantage ; me laissa faire quelques pas vers elle, puis :

— Je vois que je me suis trompée sur votre compte ; j'espérais que j'avais à faire à un honnête garçon... Vous avez cru que je ne vous voyais pas tout à l'heure...

— Mais...

— Vous regardiez vers la maison dans la crainte que...

— Mais précisément c'est...

— Non, je ne vous laisserai pas dire un mot. Ce que vous avez fait est très mal. D'où avez-vous eu cette clef?

— Je...

— ; Je vous [défends de répondre. Savez-vous où l'on met les gens qui forcent les serrures ? En prison. Je ne raconterai pas vos tromperies à votre mère, parce qu'elle en aurait trop de chagrin ; si vous aviez un peu plus songé à elle, jamais vous n'auriez osé faire cela.

Je me rendais compte, à mesure qu'elle parlait, qu'il me serait à tout jamais impossible d'éclairer pour elle les mobiles secrets de ma conduite ; et, à dire vrai, ces mobiles, je ne les distinguais plus bien moi-même ; à présent que l'excitation était retombée, mon espièglerie m'apparaissait sous un jour autre et je n'y voyais plus que sottise. Au demeurant, cette impuissance à me jus- tifier avait amené tout aussitôt une sorte de résignation dédaigneuse qui me permit d'essuyer sans rougir le sermon de Madame Bertrand. Je crois qu'après m'avoir défendu de parler, elle s'irritait à présent de mon silence, qui la forçait de continuer après qu'elle n'avait plus rien à dire. A défaut de voix, je chargeais mes yeux d'élo- quence :

— Je n'y tiens plus du tout, à votre estime, lui disaient-

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