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SI LE GRAIN XE MEURT... - 82 5

occasion. Madame Richard avait autant de cœur qu'elle sans doute ; même on eût dit qu'elle en avait davantage, car, de bon sens aucun, il n'y avait jamais que son cœur qui parlât. Celle-ci était de santé médiocre, maigre, au visage pâle et tiré ; très douce, elle s'effaçait sans cesse devant son mari, devant sa sœur, et c'est assurément pourquoi je n'ai conservé d'elle qu'un souvenir indistinct; tandis qu'au contraire. Madame Bertrand, solide, affirma- tive et décidée, a su graver ses traits dans ma mémoire. Je crois que tout le monde avait un peu peur d'elle, à commencer par M. Richard lui-même ; et c'est probable- ment pour cela que j'attachais plus de prix à son estime qu'à celle des autres hôtes de la maison. Elle avait une fille de quelques années plus jeune que moi, qu'elle tenait précautionneusement à l'écart de nous tous, et qui, à ce qu'il me semblait, souffrait un peu de l'excès d'autorité de sa mère. Yvonne Bertrand était délicate, chétive presque, et comme réduite par la discipline ; même quand on la voyait sourire, elle avait toujours l'air d'avoir pleuré. Je ne la voyais guère qu'aux repas.

Les Richard avaient deux enfants : une fillette de dix- huit mois, que je considérais avec stupeur depuis le jour où, dans le jardin, je lui avais vu manger de la terre, au grand amusement du petit Biaise, son frère, chargé de la surveiller, bien qu'il ne fût âgé lui-même que de cinq ans.

Tantôt seul, tantôt avec M. Richard, je travaillaisdans une petite orangerie, si j'ose appeler ainsi un appentis vitré, qui s'appuyait au mur aveugle d'une grande mai- son voisine, à l'extrémité du jardin.

A côté du pupitre où je travaillais, végétait sur une planchette un glaïeul que je prétendais voir pousser.

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