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BEAUTÉ, MON BEAU SOUCI 75

Ce n'était pas qu'il fût exempt de fatuité, mais cette fatuité était toute en surface, et au fond il se jugeait sévèrement et n'avait aucune confiance en lui-même.

Et il n'avait pas tout à fait tort. Car s'il eût été plus attentif, il aurait compris qu'il avait été surtout, à l'ori- gine, aux yeux de M""' Crosland, ceci : l'occasion. Mais c'est déjà beaucoup que d'être une occasion dans la vie d'une femme ; et peut-être même qu'en observant mieux et en y réfléchissant davantage, il aurait trouvé, dans le caractère même d'Edith, l'explication, — plus ou moins flatteuse pour son amour-propre, — de l'aflec- tion très réelle qu'elle avait pour lui. Une fois, il avait pensé : « Toute sa vie se résume ainsi : une rêverie con- fuse et chaste et... l'alcôve. » Mais ce n'était pas aussi simple que cela. Il y avait, d'abord, chez M"" Cros- land, un sentiment très net de son âge. Elle était encore très aimable, mais elle savait bien qu'à certains jours elle ne pouvait pas, comme l'héroïne de Maynard, « consulter son miroir avec des yeux contents. » Sans doute, on ne voyait encore tomber « ni ses lis ni ses roses », mais il était évident que « l'hiver de sa vie » ne serait pas « son second prin- temps » ; et elle sentait bien qu'elle n'avait pas stricte- ment droit à la possession exclusive et durable d'un amant de vingt-cinq ans. C'était une sorte de larcin qu'elle faisait à la Nature et au Temps. « Les eaux dérobées sont plus douces, et le pain mangé en cachette a plus de saveur. »

D'autre part elle était d'un tempérament roma- nesque, et il lui fallait entourer les réalités de l'amour de toute une nébulelise de songes et de brillantes images.

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