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NOTES 80 1

en tarit les sources. « Les événements d'aujourd'hui, dit-il en parlant à Eckermann, ont stimulé le vouloir plutôt que l'esprit, l'esprit politique plutôt que l'esprit artistique, et par contre, toute naïveté s'est perdue et tout rapport direct avec le monde sensible. » Gœthe, s'il avait vécu de notre temps, n'aurait, je le suppose, trouvé aucune raison de modifier son jugement. C'est le : je veux, qui en ce moment est au com- mencement de toute production artistique et une conviction bien arrêtée précède et dirige l'inspiration. Avant de se mettre à l'œuvre, l'artiste, ce me semble, se met en posture, bien décidé à ne s'abandonner qu'à ce qu'il croit légitime. Il attend de pied ferme ombres et visions, il donnera accès aux unes, il chassera les autres, puis, convaincu d'avoir édifié un monde selon les règles, il jouira, dans ses extases mêmes, du sentiment d'avoir raison, et de s'être acquitté de ses devoirs d'homme moderne.

Car tout est là en ce moment : avoir raison ou avoir tort, suivre son temps ou ne pas le suivre. A-t-on raison de peindre comme cela, a-t-on tort ? En cultivant telle forme d'expression poétique est-on de son temps, ne l'est-on pas ? L'œuvre d'art présente une intention plutôt qu'une réalité, une exhortation à quelque chose plutôt que la vision de quelque chose. Au fond ces poètes et artistes sont des mora- listes. En m'en retournant de chez eux, je fais mon examen de conscience : j'ai trop badiné jusqu'ici, et j'ai trop aimé le xviiie siècle ; j'ai bien d'autres fautes à me reprocher, comme par exemple de n'avoir pas changé de grammaire et de syntaxe. Il faudra que je me convertisse ; autrement je ne serai jamais qu'un mauvais contemporain, un entant égaré qui n'est pas de son siècle.

Poètes et artistes, en elfet, se bornent rarement à dire : je veux. C'est : nous voulons, qu'il faut entendre : volonté collective et partant impérative, qui s'impose au nom d'une époque dont il faut être, par droit et devoir de naissance.

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