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NOTES 799

à riiumanité ? se demande M. Natorp (Deutscher JVeltbemf). De mcnie M. Pannwitz (Die Krisis der europàischen Kvîtiir) s'interroge pour savoir si c'est la grandeur qui nous attend, ou le précipice. Devant des questions aussi angoissantes ne serait-il pas permis de convoquer, en conseil de famille, pour ainsi dire, l'humanité tout entière, les vivants et les morts ?

Toutefois je ne peux m'empècher de faire mes réserves. Je trouve qu'on abuse des morts. Ce sont de continuels défilés d'Egyptiens, d'Assyriens, de Grecs et de Romains que l'on manœuvre à sa guise, et, oubliant trop que ces peuples ont rempli leurs destinées, on voudrait qu'ils s'inté- ressassent à la nôtre, et participassent en quelque manière aux misères du jour.

Je reproche aux vivants de manquer de discrétion, de même que je trouve que le savant historien abuse parfois du moment tragique, lorsque m'entraînant au bord du pré- cipice, il m'y arrête pour que j'écoute son système ; et je lui en veux de prolonger mon agonie.

Mais nV a-t-il pas une certaine grandeur à vouloir quitter les bornes étroites de notre existence particulière, pour embrasser du regard le développement universel ?

Grandeur d'emprunt, serais-je tenté de dire, grandeur toujours factice, dès qu'en étendant la vue, elle resserre l'âme et laisse l'homme petit et faible.

Je n'entends parler que siècles et époques ; tout est devenu mondial et universel. Ajoutez à cela que l'on ne procède que par catastrophes qui engloutissent le monde, et en font naître d'autres. Tout est à la synthèse et aux visions apocalyptiques, et je suis écrasé par les preuves que l'on me donne de ma petitesse dans le monde.

Mais me sera-t-il prouvé aussi qu'en apprenant à mépriser l'individu, la nouvelle génération ait acquis de ce fait, une grandeur réelle ? Ou n'est-ce pas plutôt qu'obsédée des

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